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« Big Data » : un Janus du 21ème siècle ?

Sommaire du dossier

Des données, toujours des données mais aucun risque ?

L’ensemble de ces avancées technologiques et de ces changements de paradigme ne sont pas sans poser quelques problèmes. Le premier est principalement conceptuel : comment peut-on être certains que les analyses et les résultats produits sont vrais ? Ici, on soulève la question de la véracité de l’information : à la fois, celle qui est la source avant l’analyse, et à la fois, celle qui est la résultante de l’analyse. En science, pour approcher de la « vérité », il faut régulièrement avoir recours à des « recoupements » : si plusieurs sources, par plusieurs méthodes différentes, permettent d’aboutir à la même conclusion, alors il est fort probable qu’elle soit vraie. S’assurer de la véracité de l’information à la source est primordiale ; cependant, il s’agit probablement d’un des gros avantages des « Big Data » : les analystes peuvent recouper les données et ne conserver que celles qui se corroborent. Après analyse, en revanche, le risque de déductions indues est important et dépend essentiellement de la qualité de l’algorithme utilisé. Pour cela, il vaut encore mieux ne pas avoir de monopole et être capable d’utiliser plusieurs algorithmes différents et les comparer entre eux.

Un autre écueil des « Big Data » a déjà été abordé : l’explosion exponentielle de l’information conduisant à l’« infobésité ». Comme le disait le philosophe et sociologue de la pensée complexe, Edgard Morin : « La notion d'information est nécessairement associée à la notion de redondance et de bruit ». En pratique, le risque est de générer tellement de données que nous ne pourrions plus ni les analyser, ni les comprendre et finir par en être saturés. Pour cela, certains logiciels permettent de structurer l’information en affichant leurs sources : Wikipedia® est l’exemple même du logiciel néguentropique par excellence ; il permet de structurer les données, donc de diminuer le « désordre » généré par toutes ces informations. Il faut encore et toujours s’assurer que les sources soient citées et qu’il soit possible de les corroborer avec d’autres sources externes. En effet, le risque est assez grand de se retrouver face à des informations douteuses et/ou non vérifiées qui soient capables d’être diffusées de façon extrêmement massive (on parle de « viralité ») alors même qu’elles sont fausses (on parle alors de « fake news », dont les réseaux sociaux sont les principaux vecteurs). L’ensemble des données générées par le « Big Data » peut faire craindre l’émergence de systèmes ubiquistes : vous savez, ces « Big Brother » que George Orwell avait décrit dans son excellent et visionnaire roman d’anticipation 1984. En maitrisant toutes les informations qui émanent de vous, une organisation pourrait alors anticiper tous vos besoins, voire même générer chez vous ceux qui permettraient, à terme, une uniformisation des goûts des individus. Ces « organisations » pourraient alors même être amenées à diffuser, au moment opportun, l’information la plus efficace pour orienter vos choix. Cette information doit paraître alors véridique (sans forcément être vraie, mais être difficilement contestable ou vérifiable) pour que vous puissiez quelque part y adhérer, voire la diffuser et participer à la dissémination de cette « fake news » : sans forcément induire chez vous un comportement (d’achat ou de vote, par exemple), vous concourrez ainsi à la « notoriété » de cette information dans votre cercle de connaissances. Si, par exemple, vous étiez aux Etats-Unis pendant l’élection présidentielle en 2016 et que vous aviez consulté régulièrement votre réseau social préféré (Facebook©), vous auriez alors été susceptible de recevoir et partager une « fake news » russe. L’histoire pourrait être simplement cocasse si la plupart des commentateurs internationaux ne pensaient pas que cette inférence étrangère ait pu, quelque part, faire basculer le vote final…

Les réseaux sociaux ne sont pas les seuls à risque d’intrusion : 2017 a vu l’explosion des failles de sécurités des objets connectés : si on imagine assez mal l’intérêt de pirater votre aspirateur connecté (qu’à cela ne tienne, si un hackeur veut passer l’aspirateur à la maison, qu’il se fasse plaisir !), ça devient plus problématique pour le réfrigérateur, sensé se remplir tout seul (vous apprécieriez assez peu vous faire imposer les marques « sponsors » de ce hackeur). Plus grave encore, votre pacemaker connecté risque de vous poser un peu plus de sueurs froides

Mots clés: N°52